Locataire avec un chien : le propriétaire peut-il l’interdire ? Droits en France (2026)
Dans un bail d’habitation utilisé comme résidence principale, un propriétaire ne peut pas interdire de manière générale la détention d’un animal familier. La règle centrale ne vient pas de la loi ALUR : elle figure à l’article 10 de la loi n° 70-598 du 9 juillet 1970. La clause anti-animaux est alors réputée non écrite, à condition que l’animal ne cause ni dégâts à l’immeuble ni trouble de jouissance aux autres occupants. Deux points doivent toutefois être distingués : les locations saisonnières de meublés de tourisme, où l’interdiction peut être prévue, et les chiens de 1re catégorie, que le bail peut expressément interdire.
Réponse rapide
Bail d’habitation vide ou meublé, résidence principale : une clause interdisant tous les animaux familiers est réputée non écrite.
Chien de 1re catégorie : le bail peut valablement prévoir son interdiction.
Meublé de tourisme / location saisonnière : le loueur peut interdire les animaux dans le contrat.
Votre chien cause des dégâts ou des nuisances anormales : le bailleur peut agir sur le terrain des dégradations ou de la jouissance paisible, pas simplement parce qu’un chien vit dans le logement.
Le propriétaire menace de vous expulser lui-même : il ne peut pas changer les serrures ni procéder à une expulsion sans la procédure légale.
Le texte clé : article 10 de la loi du 9 juillet 1970
L’article 10 de la loi n° 70-598 du 9 juillet 1970 est beaucoup plus protecteur que ne le suggérait l’ancienne version de ce guide. Il prévoit qu’en dehors des contrats de location saisonnière de meublés de tourisme, toute stipulation tendant à interdire un animal familier dans un local d’habitation est réputée non écrite.
Autrement dit, une phrase comme « les chiens sont interdits dans le logement » ne devient pas valable simplement parce qu’elle figure noir sur blanc dans le bail. Pour un chien de compagnie ordinaire dans une résidence principale, cette interdiction générale ne produit pas l’effet que le bailleur pourrait lui attribuer.
La même disposition précise néanmoins que l’animal ne doit causer ni dégâts à l’immeuble ni trouble de jouissance aux occupants. Le droit d’avoir un chien ne signifie donc pas que les aboiements persistants, les dégradations ou les comportements dangereux doivent être tolérés.
Pourquoi la loi ALUR n’est pas le bon fondement principal
La loi ALUR de 2014 a modifié de nombreux aspects du droit du logement et de la copropriété, mais elle n’est pas le texte qui crée le droit du locataire à détenir un animal familier. Ce droit existait déjà depuis la loi du 9 juillet 1970.
L’ancienne version citait également le décret n° 2020-834 du 2 juillet 2020 comme s’il encadrait l’interdiction des animaux. Ce décret concerne surtout le fonctionnement de la copropriété et les modalités d’application de la loi de 1965 ; il ne crée pas une règle autorisant le bailleur à bannir un chien du logement.
Ce que dit aussi la loi du 6 juillet 1989
L’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 oblige le locataire à user paisiblement des locaux loués. Depuis sa version en vigueur en 2026, il lui impose aussi de s’abstenir de comportements ou activités portant atteinte notamment à la sécurité des personnes, aux équipements collectifs ou à la liberté d’aller et venir dans l’ensemble immobilier.
Cette obligation explique pourquoi un bailleur peut agir lorsque le problème n’est plus la présence du chien elle-même, mais des nuisances ou des dommages objectivement établis.
Bail, règlement de copropriété, règlement intérieur : qui peut imposer quoi ?
| Document | Ce qu’il peut prévoir | Limite importante |
|---|---|---|
| Bail d’habitation | Rappeler la responsabilité du locataire pour dégâts et nuisances | Ne peut pas interdire en général un animal familier, sauf chien de 1re catégorie |
| Règlement de copropriété | Organiser l’usage des parties communes et imposer des règles justifiées par la destination de l’immeuble | Doit rester conforme aux dispositions d’ordre public ; une règle illicite peut être réputée non écrite |
| Règlement intérieur | Préciser des règles pratiques de circulation, propreté ou tranquillité | Ne peut pas supprimer un droit que la loi protège dans le logement privatif |
| Meublé de tourisme | Peut interdire la présence d’animaux dans le contrat | Exception expressément prévue par l’article 10 de la loi de 1970 |
La loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété prévoit en outre que le règlement de copropriété ne peut imposer aux copropriétaires des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la destination de l’immeuble. L’ANIL rappelle qu’un règlement de copropriété doit être licite et respecter l’ordre public ; les clauses illicites ou non conformes sont réputées non écrites.
Le cas particulier des chiens de 1re catégorie
L’article 10 de la loi de 1970 prévoit expressément qu’une clause peut interdire la détention d’un chien de 1re catégorie. C’est la grande exception au principe général.
Les chiens de 1re et 2e catégories sont par ailleurs soumis à un régime spécifique : permis de détention, vaccination antirabique et assurance de responsabilité civile font partie des obligations prévues par le Code rural. Les règles de circulation dans les parties communes sont également renforcées.
En revanche, le simple fait qu’un chien appartienne à la 2e catégorie ne transforme pas automatiquement une clause générale « aucun chien » en interdiction valable au titre de l’article 10.
Votre chien aboie : le risque juridique vient des nuisances, pas de l’animal lui-même
Les aboiements peuvent constituer un trouble anormal de voisinage s’ils dépassent les inconvénients normaux de la vie collective. Service-Public rappelle qu’un bruit provenant d’un animal peut être sanctionné de jour comme de nuit lorsqu’il présente un caractère anormal.
Le bailleur peut alors vous mettre en demeure de faire cesser le trouble et, si la situation persiste et est suffisamment établie, une action judiciaire peut aller jusqu’à la résiliation du bail. La loi du 6 juillet 1989 permet notamment une clause résolutoire pour non-respect de l’obligation de jouissance paisible lorsque les troubles de voisinage ont été constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée.
Le propriétaire peut-il augmenter la caution à cause du chien ?
Il n’existe pas de « dépôt de garantie pour animal » distinct permettant de dépasser les plafonds légaux d’un bail d’habitation. Pour un logement vide, le dépôt de garantie ne peut généralement pas dépasser un mois de loyer hors charges. Pour un logement meublé soumis au bail d’habitation classique, le plafond est de deux mois de loyer hors charges.
Service-Public précise aussi qu’au moment de la signature, le bailleur ne peut pas obliger le locataire à verser d’autres sommes que celles autorisées pour obtenir la conclusion du bail.
Assurance et responsabilité : ce qu’il faut réellement vérifier
Le locataire doit souscrire au minimum une assurance couvrant les risques locatifs. En parallèle, le propriétaire ou gardien d’un animal est responsable des dommages que celui-ci peut causer à autrui. Selon votre contrat, la responsabilité civile vie privée peut déjà couvrir certains dommages causés par votre chien ; il est prudent de vérifier les exclusions auprès de l’assureur.
Pour un chien de 1re ou 2e catégorie, l’assurance de responsabilité civile spécifique prévue par la réglementation fait partie des obligations de détention.
Identification : la règle correcte en 2026
En France, le Code rural impose l’identification des chiens âgés de plus de quatre mois, même en dehors d’une cession. L’ancienne version indiquait que la puce était « obligatoire depuis 2016 », formulation trop vague et juridiquement peu utile.
Pour un litige locatif, l’identification n’est pas ce qui crée votre droit d’avoir un chien dans le logement, mais elle reste une obligation légale distincte et peut aider à établir l’identité et l’ancienneté de détention de l’animal.
Le propriétaire peut-il vous expulser lui-même ?
Non. Même en présence d’un conflit sérieux, le bailleur doit utiliser les voies légales. Service-Public rappelle que seul un commissaire de justice peut procéder matériellement à l’expulsion lorsque les conditions juridiques sont réunies. Le propriétaire ne doit pas entrer dans le logement, changer les serrures ou enlever les meubles pour forcer le départ du locataire.
Une menace du type « demain je change la serrure si le chien est encore là » ne constitue donc pas une procédure d’expulsion régulière.
Que faire si le propriétaire exige le départ du chien ?
- Relisez le bail. Repérez la clause exacte invoquée et vérifiez s’il s’agit d’une résidence principale ou d’une location saisonnière.
- Identifiez la catégorie du chien. La clause visant un chien de 1re catégorie obéit à une exception légale spécifique.
- Demandez une demande écrite. Évitez les échanges uniquement téléphoniques et conservez les courriels, lettres et messages.
- Répondez avec le bon texte. Pour un animal familier ordinaire dans un bail d’habitation, citez l’article 10 de la loi n° 70-598 du 9 juillet 1970.
- Traitez immédiatement toute nuisance réelle. Si le conflit porte sur les aboiements, les dégâts ou la sécurité, documentez les mesures prises.
- Contactez l’ADIL. Elle peut relire la situation, expliquer les règles applicables et vous orienter gratuitement.
- En cas de procédure ou menace d’expulsion forcée, prenez conseil rapidement auprès d’un professionnel du droit.
Les anciennes « jurisprudences 2023-2024 » de ce guide ont été supprimées
La précédente version citait notamment les pourvois 22-20.345 et 22-18.221 comme s’il s’agissait d’arrêts récents sur l’interdiction des chiens en location. La vérification Légifrance montre que ces références correspondent à d’autres litiges et ne soutiennent pas les affirmations qui leur étaient attribuées.
Pour éviter de créer une fausse impression d’autorité, la version 2026 repose donc sur les textes réellement applicables et les sources officielles plutôt que sur des décisions non pertinentes.
Statut juridique de l’animal : utile à connaître, mais ce n’est pas la règle du bail
L’article 515-14 du Code civil qualifie les animaux d’« êtres vivants doués de sensibilité ». Il précise aussi qu’ils restent, sous réserve des lois qui les protègent, soumis au régime des biens. Cette évolution a une portée générale importante en droit animalier.
Mais dans votre conflit avec un bailleur, ce n’est pas l’article 515-14 qui rend une clause anti-animaux inopposable : c’est l’article 10 de la loi du 9 juillet 1970.
Questions fréquentes
Mon bail dit « aucun animal ». Dois-je me séparer de mon chien ?
Dans un bail d’habitation servant de résidence principale, une interdiction générale visant un animal familier est réputée non écrite. L’exception principale est le chien de 1re catégorie lorsqu’une interdiction est écrite dans le bail.
Le propriétaire peut-il interdire mon chien de 2e catégorie ?
L’exception expressément prévue par l’article 10 vise les chiens de 1re catégorie. Les chiens de 2e catégorie restent toutefois soumis à des obligations strictes de détention, d’assurance, de muselière et de laisse dans certaines situations.
Le règlement de copropriété dit « animaux interdits ». Est-ce suffisant ?
Pas automatiquement. Un règlement de copropriété doit respecter les règles d’ordre public et ne peut pas transformer en valable une interdiction que la loi de 1970 rend inopposable pour un animal familier dans un logement d’habitation. Il peut en revanche encadrer l’usage des parties communes, la propreté, la sécurité et les nuisances.
Le propriétaire peut-il me demander un dépôt supplémentaire pour le chien ?
Il ne peut pas ajouter librement un « pet deposit » au-delà des règles légales du dépôt de garantie. Le plafond dépend notamment du caractère vide ou meublé du logement.
Mon chien aboie souvent. Puis-je perdre mon logement ?
Des nuisances suffisamment graves, répétées et prouvées peuvent entraîner des démarches du bailleur, voire une résiliation judiciaire du bail. Le problème juridique devient alors le trouble de voisinage et le non-respect de la jouissance paisible, pas la simple possession du chien.
Une location Airbnb peut-elle refuser mon chien ?
Oui, un meublé de tourisme fait partie de l’exception expressément prévue par l’article 10 de la loi du 9 juillet 1970. Le contrat peut y interdire les animaux.
Dois-je prévenir le propriétaire avant d’adopter un chien ?
Pour un animal familier ordinaire dans un bail d’habitation, la loi ne transforme pas l’autorisation préalable du bailleur en condition générale de détention. Il reste néanmoins utile de vérifier les règles de copropriété, les assurances et les obligations propres à certaines catégories de chiens.
Conclusion
Pour un locataire en résidence principale, le point de départ est simple : la loi française protège en principe la détention d’un animal familier dans le logement. La règle se trouve à l’article 10 de la loi n° 70-598 du 9 juillet 1970, pas dans une supposée autorisation laissée au bon vouloir du propriétaire.
Les vraies limites sont précises : dégâts, troubles de jouissance, obligations générales du locataire, réglementation des chiens catégorisés et exception des meublés de tourisme. Si le bailleur invoque une interdiction générale, vérifiez le texte exact avant de céder à la pression.
Service-Public — Un bail peut-il interdire les animaux ?
Légifrance — Loi du 6 juillet 1989, article 7
ANIL — Règlement de copropriété
Service-Public — Chiens de catégorie
Légifrance — Code rural, identification des chiens
Service-Public — Dépôt de garantie
Service-Public — Troubles de voisinage et bruits
Service-Public — Procédure d’expulsion
Pexels — Sami Abdullah, locataire avec chien dans un appartement (free to use)
Pexels — Ivan S, signature d’un bail dans un appartement (free to use)




